Le 20 mars 2003, à 5h30 du matin, les premières explosions retentissaient dans Bagdad. Cinq ans après, le président américain George Bush défend toujours sa stratégie en Irak. Dans un discours prononcé ce mercredi, il déclarait : « On débat de manière compréhensible pour savoir si cette guerre en valait la peine (...) et si nous pouvons la gagner. Les réponses sont claires pour moi: chasser Saddam Hussein du pouvoir était la bonne décision, et ceci est un combat que l'Amérique peut et doit gagner ». Le président américain inscrit une nouvelle fois l’intervention en Irak dans sa stratégie pour instaurer la « démocratie » dans le monde arabe. « En répandant l’espoir au Moyen-Orient, nous allons aider les sociétés libres à prendre racine, et quand elles le feront, la liberté engendrera la paix que nous désirons tous ».
Depuis plus d’un an, l’administration américaine vante les bons résultats de sa nouvelle stratégie en Irak. Le « surge », l’envoi de 30 000 hommes supplémentaires sur le terrain, annoncé en janvier 2007, aurait rempli ses objectifs, selon le général David Petraeus. Le commandant en chef des troupes en Irak a déclaré que les violences avaient baissé de plus de 50% dans le pays. En conséquence, en novembre 2007, les Etats-Unis rappelaient 5 000 de leurs soldats, pour marquer la fin progressive de l’envoi de supplétifs et le retour au calme. Mais la démission, il y a une semaine, de l’amiral William Fallon, le commandant en charge des guerres en Irak et en Afghanistan, a relancé le débat sur l’efficacité de la stratégie américaine dans le pays.
Si une baisse des violences a été enregistrée courant 2007, les attentats ont repris de plus belle en 2008, et l’Irak est victime chaque jour de nouvelles violences. Dans la ville chiite de Kerbala, ce lundi, 43 personnes sont mortes victimes d’un attentat-suicide. Mardi, six personnes ont été tuées et 51 blessées à Mossoul et dans le nord de Bagdad. L’insécurité est le drame quotidien des Irakiens. Les Etats-Unis ont dépensé 20 milliards de dollars pour équiper et entraîner quelque 250 000 policiers et 160 000 soldats irakiens. Mais ces hommes sont eux-mêmes régulièrement la cible d’attaques-suicides, et ne sont pas en mesure pour l’instant de maintenir l’ordre et la sécurité.
A Bagdad, les habitants ne disposent que de quatre à six heures d’électricité par jour. Dans tout le pays, selon l’ONG Oxfam, 70% des irakiens n’ont pas accès à l’eau potable et 43% vivent avec moins d’un dollar par jour. La guerre a fait environ 4,4 millions de déplacés, dont deux millions qui ont fui leur pays pour se réfugier essentiellement en Syrie et en Jordanie. Selon le Haut commissariat aux réfugiés de l’ONU, il s’agirait de la plus « vaste migration humaine » depuis la partition entre l’Inde et le Pakistan, en 1947. Ces déplacements de population posent de nombreux problèmes dans les pays d’accueil.
Si les Américains estiment à près de 4 000 le nombre de leurs soldats tués, et à 29 000 celui des blessés, le bilan humain côté irakien est sujet à controverses. Les chiffres varient de 81 000 morts à 1,2 millions, au bout de 5 ans de conflit. Selon une enquête menée par l’Organisation mondiale de la santé et le ministère irakien de la Santé, 151 000 civils seraient morts de façon violente durant les trois premières années du conflit (entre avril 2003 et juin 2006). Un chiffre auquel il faut ajouter les personnes décédées pour des causes liées de près ou de loin au conflit, et à la dégradation des conditions de vie – le taux de malnutrition infantile, par exemple – est passé de 19% pour la période 1999-2003 (alors que l’Irak était soumis à un embargo international) à 28% en 2007.
Sur le plan politique, la situation n’est guère meilleure. Après avoir écarté les sunnites de la scène politique et de l’administration, les Américains tentent de les réintégrer au jeu politique. Mais la coalition au pouvoir, contrôlée par une majorité chiite, n’est pas pressée de voir les sunnites, au pouvoir sous Saddam Hussein, reprendre une place sur l’échiquier politique.
Ces cinq années de conflit ont exacerbé les haines entre les communautés sunnites et chiites, avec le risque d’une contagion au niveau régional
publié par CHABOUNI Youcef dans: Actualité